Plan numérique des lycées, vers des lycées 4.0

Bertrand Masson (54) est intervenu sur le Plan numérique des lycées, vers des lycées 4.0

 

Seul le prononcé fait foi

 

"Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

 

Jusque-là, sur ce dossier nous avons d’abord observé votre communication. Nous avons surtout rencontré de très nombreux acteurs éducatifs confrontés à cette proposition que le conseil régional a faite.

 

Suite aux rencontres avec les acteurs éducatifs, nous avons recueilli de nombreuses informations et nous avons forgé notre opinion. Aujourd’hui celle-ci est claire et malgré la présentation tout à fait positive que vient de faire Madame la présidente, notre conviction est que l’expérimentation lycée 4.0 que vous lancez à la rentrée prochaine s’annonce déjà comme une impasse pédagogique et un recul social.

 

Loin d’être dogmatiques sur le sujet, nous pensons que le passage au numérique est essentiel et nécessaire pour la réussite future de nos jeunes.

 

Nous soutenons la volonté du conseil régional de moderniser les outils et l’offre pédagogiques dans le Grand Est. Cette volonté est d’ailleurs en cohérence avec la mise en place du plan numérique collège dans plusieurs départements de notre région et sur le territoire national.

 

Pour autant il est bon de se rappeler les objectifs de départ qui doivent guider tout choix pédagogique dans l’école de la République.

 

D’abord la réussite scolaire de tous ; l’équité sociale, j’y reviendrai dans un instant.

 

Nous avons rappelé plusieurs fois dans cet hémicycle notre attachement au principe fondamental de la gratuité de l’école.  C’est un principe fondamental de notre République.

 

Ces principes fondamentaux ont-ils guidé la mise en œuvre de cette expérimentation ?

 

Aujourd’hui, les faits nous laissent penser que non.

 

Tout d’abord, le passage au numérique, tel que Atissar Hibour vient de nous le présenter doit absolument s’accompagner d’un saut pédagogique qualitatif et sur ce premier point, nous n’y sommes pas.

 

Quand je lis dans la communication aux parents que vous vous apprêtez à faire que les ressources numériques mises à disposition des élèves pourront être consultées sans connexion internet, à la maison, cela montre tout à fait que le principe même du passage au numérique avec l’accès aux ressources en ligne, tels que d’ailleurs définis dans les programmes officiels de l’éducation nationale, ne sera pas rendu possible.

 

Si le passage au numérique c’est simplement le scan d’un manuel papier sur une tablette, nous ne franchissons pas ce saut pédagogique qualitatif absolument nécessaire. Et le fait d’indiquer que nous n’aurons pas besoin d’avoir internet à la maison pour ce faire tend à le démontrer.

 

J’indique par ailleurs, Monsieur le Président et vous le savez, puisque les établissements vous le font remonter, que bon nombre d’établissements, y compris ceux qui sont dans l’expérimentation, ne disposent ni d’accès internet ni par le câble, ni par wifi. Et cela ne sera pas installé d’ici la rentrée.

 

Ensuite le coût et notamment le reste à charge aux familles nous paraît trop élevé. Dans votre communication il est écrit une contre vérité : puisque vous indiquez que ce dispositif permettra une réelle gratuité pour tous. Cela est faux puisque le reste à charge pour les familles s’étalera de 186€ à 831€.
Voilà, là, une tâche importante au principe même de gratuité de l’école publique.

 

Enfin, l’absence de préparation des équipes pédagogiques nous inquiète. Bon nombre d’équipes pédagogiques ne sont pas prêtes aujourd’hui à cette évolution. Vous indiquez là aussi dans votre communication que les équipes ont bénéficié de formations. Vous savez que cela est faux puisque les chefs d’établissement vous l’ont indiqué. Bon nombre d’établissements, inscrits dans l’expérimentation, ont indiqué que celle-ci ne pourrait pas être mise en œuvre à la rentrée prochaine.

 

Alors ma conclusion, Monsieur le Président, elle est simple ; nous avons le sentiment que tel Archimède, vous avez cru que cette idée vous enlèverait une épine du pied, celle de la gratuité des manuels scolaires installée en Lorraine et en Champagne Ardenne. Et puis finalement vous vous êtes rendu compte que cette décision se révélait plus complexe à mettre en œuvre qu’une simple conférence de presse. Aujourd’hui nous ne sommes pas prêts à cette évolution. Les lycées vont servir d’expérimentateurs, dans des mauvaises conditions. Voilà pourquoi nous voterons contre.

 

Je vous remercie de votre attention."

 

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