De la boite à outils à une stratégie réelle

Julien Vaillant (54) s'est exprimé sur le Budget 2018 - Développement économique.


Intervention de Julien Vaillant


Le prononcé fait foi

 

"Monsieur le président, cher(e)s collègues,

 

A l’écoute de vos propos introductifs, je pense que vous et votre majorité sous-estimez considérablement le temps politique singulier qui a saisi, depuis quelques mois, notre collectivité.

 

Ce budget 2018 est une ligne de crête.

 

Soit le Grand Est convainc de sa pertinence et de son utilité, et donc de sa légitimité,

 

Soit il déçoit, fait la démonstration de son immaturité politique et se condamne alors à n’être qu’un guichet auprès de ses partenaires.

 

La réussite collectivement où l’échec séparément. Voilà la seule vraie alternative qui s’offre à nous.

 

Et en matière économique, pardon de vous le dire, mais quelle déception.

 

20 pages dont il est difficile de comprendre l’organisation. 7 parties mettant sur un même plan le SRDE2I et la participation à un salon, 4 lignes sur l’économie rurale et rien sur notre articulation avec la politique agricole, les filières non évoquées hormis sur la question de l’internationalisation.

 

Bref, un joyeux empilement de dispositifs dont on peine à comprendre la cohérence et ou le SRDEII (que nous avions voté) perd son rôle cadre.

 

Le syndrome qui nous atteint ressemble fort à celui du bricoleur du dimanche. Celui qui s’équipe comme un pro et nos dispositifs sont pour l’essentiel pertinents, mais qui ne range rien et peine à trouver le bon outil au bon moment.

 

Or le temps de l’entrepreneur demande de la clarté, de la réactivité  et de la souplesse.

 

Nous aurions aimé que l’ancien vice-président à l’économie dégage une stratégie forte, des priorités thématiques, une gouvernance dédiée.

Nous aurions aimé une stratégie claire de portage des filières fortes du Grand Est.

Nous aurions aimé l’affirmation de l’urgence de la spécialisation intelligente de nos territoires.

Nous aurions aimé que celui-ci indique plus précisément comment les Pactes Offensive Croissance Emploi ne se limiteront pas aux métropoles et aux agglomérations mais entraineront l’ensemble de nos territoires.

Nous aurions aimé que vous évoquiez, au moins une fois, le CPRDF, totalement absent de ce rapport, même pas cité. Alors que l’on sait qu’une main d’œuvre hautement qualifiée est essentielle à la réussite du défi numérique, de l’automatisation, de l’intelligence artificielle.

 

Vous évoquez un budget de consolidation ?

 

C’est oublier qu’après deux années passées sous la tutelle « du président des transitions » vous nous avez offert le spectacle de « la transition des présidents ».

 

Votre mauvaise gestion de cette séquence, au sein de la majorité, a contribué à affaiblir davantage notre collectivité.

 

A voir fonctionner votre exécutif, nous avons l’impression que pour vous le Grand Est s’écrit en permanence Grand Test, T.E.S.T.

 

Et à ce moment de mon propos, je voudrais être plus solennel.

 

Monsieur le président, comment évoquer une nécessaire « communauté de destins » et aussitôt après annoncer la création exclusive d’un conseil de l’identité alsacienne et le partage prochain, avec le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, de la compétence tourisme.

 

Que nous soyons bien compris. Nous n’avons rien contre ces initiatives.

 

A la condition qu’il existe un parallélisme des formes avec les autres anciennes régions et les 8 autres départements, et que nous inventions une nouvelle gouvernance.

 

Nous avons encore reçu ce matin une invitation aux consultations liées au SRADDET, plein de rendez-vous, aucun en Meurthe et Moselle, quelle maladresse dans l’affichage.

 

Si votre présidence devient, sous la contrainte, celle de la vente à la découpe de nos compétences d’un côté et de la renonciation à proposer une vraie orientation stratégique de l’autre, alors notre collectivité sera, malgré-elle, celle du séparatisme républicain.

 

Séparatisme économique et social d’un côté en accompagnant uniquement l’excellence.

Séparatisme culturel de l’autre en jouant la petite musique d’identités qui s’opposent au lieu de se ressourcer.

 

Monsieur le Président, vous l’aurez compris la période politique exige que nous donnions le meilleur de nous-mêmes à cette collectivité.

 

Ce budget 2018 malheureusement constitue votre premier rendez-vous manqué.

 

Puisqu’il me reste un peu de temps, je voudrais dire à Valérie Debord, que bien évidemment nous reconnaissons, que rien n’a été parfait lorsque nous étions aux commandes de nos collectivités respectives.

 

Nous avons fait des erreurs mais la situation n’est plus la même, chaque erreur se payera cash.

 

Nous avons fait l’erreur de la consultation de Vandières, nous avions aussi fait l’erreur de penser que vous ne l’instrumentalisiez pas politiquement, notamment la position de la ville de Nancy, que vous représentiez à l’époque.

 

Aujourd’hui nous ne pouvons plus nous offrir ce luxe-là, c’est pour cela que nous avions voté le SRDEII.

 

Et c’est pour cela, que notre déception est à la hauteur de notre engagement.

 

Je vous remercie."

Écrire commentaire

Commentaires: 0