Répondre aux défis de nos territoires

Pernelle Richardot (67) est intervenue suite à l'élection du nouveau Président de la Région Grand Est.

 

Le prononcé fait foi

 

" Monsieur le nouveau Président, Mes chers collègues…..

 

 

22 mois après l’élection régionale de 2015…. Il n’est plus l’heure d’être nostalgique d’un passé que certains, ici même, on vient de l’entendre ! Se plaisent encore – à dessein – de dépeindre comme idyllique.

 

 

Parce qu’il s’est dit beaucoup de choses depuis la démission de Philippe RICHERT, parce qu’on a jamais autant parler de deux départements alsaciens oubliant au passage les 8 autres…, qu’un calendrier politique désastreux a sûr-jouer les questions identitaires portées par quelques minoritaires, je voudrais – aux  uns et aux autres ici – comme alsacienne…rappeler le Hans im Schnokeloch, Jean du trou à moustique :

 

 

"Ce qu'il a, il n'en veut pas, ce qu'il veut, il ne l'a pas; où il est, il ne reste pas, où il reste, ça ne lui plait pas».

 

Cette chanson, mes chers collègues, caractérise bien une forme de l'esprit alsacien.

Elle a même sa traduction politique. Ainsi, un exemple, en 1992, l'Etat décide du TGV Paris – Strasbourg. Immédiatement l'Alsace et ses politiques exigent un TGV Lyon-Strasbourg, "en même temps", comme aurait pu le dire l’actuel Président de la République. Résultat, Bercy coupe le projet en deux et la ligne s'arrête en Lorraine ; il faudra attendre 2017 pour voir la ligne nouvelle à Strasbourg.

 

 

Alors aujourd’hui, des Présidents de Conseils Départementaux, quelques parlementaires – hier ennemis et incapables de travailler ensemble – appellent à la fusion des départements alsaciens et à la sortie du Grand Est, entretenant un climat délétère, surfant sur les peurs parfois légitimes de nos concitoyens, accréditant les thèses de quelques identitaires. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter la diatribe de la leader de l’extrême droite tendance choucroute, que l’on vient d’entendre.

 

 

Que pensez de tout cela ? Pas grand-chose de constructif et il serait peut-être temps de prendre, mes chers collègues, de la hauteur.

 

En revanche, la réforme régionale qui, il est vrai, n'a pas soulevé l'enthousiasme, a démontré qu'il était utile de réfléchir au-delà de son pré carré. Aujourd'hui, les politiques structurelles, comme les politiques de services aux habitants et les coopérations transfrontalières doivent s'élaborer dans des cadres pertinents, adaptés aux réalités de notre temps.

 

 

Les provinces, les départements, les cantons, ce sont notre histoire, nos racines, mais il nous revient de répondre à ce que nous demandent nos concitoyens. Élue alsacienne, je puis témoigner que j'ai beaucoup appris d'abord de mes collègues Lorrains, Ardennais ou Champenois. Alors, si dans leur trou à moustiques, quelques collègues alsaciens ont des boutons, nôtre, vôtre rôle, n'est pas de leur passer de la pommade.

L’urgence, Monsieur le Président, est bien de répondre aux défis de nos territoires : celui de la démocratie régionale, de l’aménagement du territoire face aux sentiments de déclassement de nos concitoyens ; défis du développement économique, de l’emploi…. Défis d’une Région, vous l’avez dit, qui doit se penser, s’imaginer et se vivre à 360 degrés.

 

 

Les bassins d’emploi sont désormais transfrontaliers et c’est bien à leur échelle que doit se travailler la cohésion sociale, au même titre que le marché de l’emploi, en prenant en compte les ségrégations territoriales.

 

 

Et je me félicite, Monsieur le Président, que la majorité, dans votre bouche, fasse sienne une proposition du Groupe Socialiste que nous n’avons eu de cesse de faire depuis janvier 2016. A savoir, mettre en place des stratégies offensives, rassemblant les acteurs publics et privés, bassin d’emploi par bassin d’emploi, de manière à pouvoir anticiper, toujours de manière offensive, la désindustrialisation de certains de nos territoires.

 

 

Alors construisez des réponses politiques pour que chaque citoyen trouve sa place dans les politiques publiques locales de demain….

 

Car au fond, le problème n’est pas le périmètre de cette région, mais bien les politiques non mises en œuvre jusqu’à présent.

 

Donnez à chacun de ces territoires leur capacité à innover pour permettre leur mise en réseau et limiter ainsi les effets de mise en concurrence. Ce n’est, pour le Groupe Socialiste, qu’à cette condition que vous pourrez construire une cohésion sociale interne à ce nouveau territoire.

 

 

Je vous ai écouté Monsieur le Président avec beaucoup d’attention, et pour que votre déclaration dépasse la simple pétition de principe.

 

Vous devrez vous affranchir, Monsieur le Président,  de vos équilibres internes, des promesses faites aux uns et aux autres, des querelles d’égos … Et si j’en crois le décompte des voix que l’on vient d’avoir, je me permets de douter un peu de vos marges de manœuvre  future.

 

Le temps n’est plus à l’exercice d’équilibriste consistant à ménager les susceptibilités des territoires des uns et des autres. Arrêtez par exemple ces discussions « bout de ligne après bout de ligne » sans aucune stratégie d’ensemble, sans vision politique, ayant pour conséquence unique de transformer vos conseillers régionaux en super conseillers départementaux.

 

 

Ne laissez plus prospérer le débat stérile d’une opposition entre territoires urbains, villes centres, métropoles… et territoires ruraux ou périurbains…. Mais porter enfin une vision structurante, globale et solidaire du Grand Est.

 

 

Mes chers collègues, l’épisode qui s’achève vient vous rappeler que nous avons besoin de clarté et de lisibilité de l’action publique, nous n’avons eu de cesse nous Socialistes de le demander. Le Grand Est ne doit pas être une collectivité de gestion, mais bien un véritable partenaire, visible, identifié et identifiable pour soutenir et accompagner des projets stratégiques pour changer le quotidien des gens.

 

 

Je vous ai écouté avec attention et sur bien des points, nous pourrions souscrire à vos déclarations. Je fais le vœu monsieur le Président d’une gouvernance ambitieuse … qui se traduirait, effectivement, enfin par l’écoute des territoires et de ses acteurs. Que cette gouvernance ambitieuse se traduise par un véritable décloisonnement parce que ce dont nous avons besoin aujourd’hui plus que jamais ce n’est pas d’empiler les dispositifs, les guichets, les schémas et les outils techniques mais c’est d’une ambition collective, d’une vision politique forte pour un territoire, vous le savez, nous le savons,  qui ne peut plus attendre.

 

 

Je vous remercie."

 

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Fruhinsholz (vendredi, 20 octobre 2017 18:01)

    Bravo,
    Les électeurs en ont assez de subir les querelles de clocher entre élus qui s'accrochent à leurs postes.
    Tous les électeurs, pas seulement les socialistes!