Budget Formation Professionnelle : une baisse de 13.7 %

Hélène Colin (88) s'est exprimée sur la Budget Primitif 2018 - Formation Professionnelle.


Intervention d'Hélène Colin


Le prononcé fait foi

 

"Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

 

En préambule, nous regrettons la disparition de la délégation Formation Professionnelle en tant que telle, au sein de l’exécutif régional. Les acteurs nous en parlent sur le terrain : pour eux, c'est une perte de lisibilité qu'ils ont ressentie immédiatement.

 

Cela appuie votre vision très conjoncturelle et adéquationniste de la formation professionnelle. Il manque un axe structurel, une vision à long terme, qui engagerait les personnes dans une logique de parcours professionnel et de sécurisation de ce parcours.

 

D’autre part, nous notons une baisse de 13,7% du budget Formation Professionnelle. Quel signal pour un chantier que vous jugez pourtant "prioritaire" !

 

Ce budget manque de lisibilité, avec beaucoup d’incantations qui ne se traduisent pas dans les lignes budgétaires, très floues et trop globales.

 

Le lien avec les différents schémas est certes évoqué, mais cela ne se décline pas d’une façon claire et concrète.

 

Vous appuyez la formation professionnelle sur l’acquisition de compétences métiers ; or, cela est très réducteur : j’en veux pour preuve les études de France Stratégie qui montrent clairement l’importance d’identifier, de valoriser, de décoder ces compétences transférables, transversales, et de déscolariser le regard porté sur elles, en l’ouvrant aux savoir-faire acquis tout au long de la vie.

 

Un axe important manque également à votre budget : la formation des personnes détenues - question majeure - en matière d’insertion sociale et professionnelle n’est effectivement pas abordée dans ce rapport.

 

Vous avez fait le choix d’uniformiser les politiques sur l’ensemble de la région, en supprimant des outils reconnus, pertinents, ancrés sur les territoires, et ce sans évaluation préalable : nous assistons ainsi à une perte de proximité, pourtant indispensable, et à une perte de compétences. En réponse, vous mettez en avant les antennes territoriales, qui n’ont cependant aucune indépendance. Nous sommes toujours dans une vision très descendante de la politique régionale. Il s’agit, de notre point de vue, d’une déconcentration technique, sans décentralisation politique.

 

Des formations sur les savoirs de base sont sorties du PRF, pour glisser vers d’autres structures : mais avec quels moyens ? Ce désengagement en matière de compétences-clés en amont du qualifiant, est un non-sens.

 

Nous n’avons aucune visibilité sur les aides apportées aux freins à la formation : nous pensons, entres autres, aux problématiques liées aux difficultés de mobilité sur les territoires.

 

Nous aurions souhaité une politique plus volontariste pour ces personnes loin de l’emploi, aux parcours hachurés.

 

II. Sur le budget Formations sanitaires et sociales - en augmentation liée à l’allongement des études de masseurs-kinésithérapeutes et à l’augmentation des indemnités de stage des étudiant.e.s en soins infirmiers - nous regrettons, là encore, une uniformisation minimaliste des bourses de ce secteur. Ouvrir les bourses à tous les apprenant.e.s aurait couté 25 Millions d’Euros, nous dit Madame la Présidente de la Commission, arguant que cela est trop, mais en fait, cela n'aurait représenté qu'un peu plus de 0,80% du budget de la région. Il s’agit bien, là, d’un choix politique que nous regrettons sur une formation à très fort pourcentage d’insertion.

 

III. Le CPRDFOP que vous nous présentez, manque d’ambition structurelle, à long terme. En fait, il ne semble répondre qu’à un besoin d’adéquation à court terme.

 

Il devrait, au contraire, porter une vision plus globale de la formation, en travaillant sur l’articulation entre les différents temps de la vie d’apprentissage des citoyens : la formation initiale, la formation continue, l’enseignement supérieur. Il s’agit bien, là, de mettre en musique le concept exigeant de formation tout au long de la vie, d’éducation permanente, qui sont la clé d’une insertion réussie, d’un parcours professionnel sécurisé. Il s’agit de donner leur juste place aux compétences transversales, numériques générales, cognitives, sociales et situationnelles, compétences attendues et recherchées par les entreprises.

 

Dans cette logique de parcours, nous n’avons pas non plus la vision de la place que vous voulez donner à la VAE.

 

La formation à distance est, quant à elle, évoquée sans aucune modalité. Elle ne peut être une fin en soi mais elle est bel et bien un outil au service des personnes, et elle doit ainsi se mettre en place dans le cadre d'un accompagnement structuré.  Dans ce cadre, quid de l'avenir des Espaces Métiers ?

 

De même, il nous parait essentiel de donner de la visibilité à l’information, à l’orientation, et de valoriser le conseil en évolution professionnelle, encore trop méconnu.

 

Nous faisons le même constat que le CESER sur une stratégie d’harmonisation qui reste à mettre en œuvre entre les différents schémas : SRADDET, SRDEII, et CPRDFOP.

 

Pour ce qui est des COT, là aussi, comme le CESER, nous regrettons l’absence d’un COT Service à la personne.

 

Manque aussi l’accompagnement des PME et TPE dans leur politique Ressources Humaines : elles n’ont souvent pas l’ingénierie nécessaire à un recrutement pertinent, et cet axe devrait être développé.

 

Pour terminer, je rappellerais, Monsieur le Président, que les politiques de formation professionnelle traduisent la vision de la société que nous voulons. Il ne peut s’agir uniquement d’un jeu de placement, mais bien d’une dynamique de convergence des intérêts de trois sphères : les personnes, les entreprises et le pays.

 

Je vous remercie."

 

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