Encore un budget de transition !

Pernelle Richardot (67) a introduit la séance plénière de décembre pour la Gauche. Voici son intervention.


Intervention de Pernelle Richardot


Le prononcé fait foi

 

"Monsieur le Président,

Pendant deux jours nous allons parler du budget de notre région, d’avenir, de projets d’enjeux en matière d’emploi.

Nous reprendrons les uns et les autres les mots investissements, stratégie, aménagement du territoire, grandes infrastructures.

Pour cela, et parce que le Grand Est n’est pas un territoire en extra-territorialité, parce que j’ai vu et entendu les inquiétudes répétées des maires et élus locaux.

Je ne pouvais commencer mon propos sans évoquer ce qui se passe au niveau national.

Les six premiers mois de ce gouvernement montrent une volonté clairement affichée de nous transformer en sous-traitants de l’Etat, 35 ans après les premières lois de décentralisation.

Je veux le rappeler ici la décentralisation c’est plus de démocratie, une confiance dans les territoires, c’est la contractualisation plutôt que la mise sous tutelle.

Au tenant du ruissellement, présent dans cet hémicycle, à celles et ceux qui font de la fin de la taxe d’habitation leur nouvelle doctrine politique, je veux rappeler que ce retour en arrière est dangereux. Cette recentralisation va non seulement à contre-courant de l’Histoire, mais à l’encontre des attentes de nos concitoyens et de nos territoires, du besoin et de protection qu’ils expriment chaque jour par le biais de services publics de proximité et de qualité.

Le « Nouveau monde », Monsieur le Président, est en réalité un grand retour en arrière, C’est une rupture de confiance, c’est le doute jeté sur la responsabilité des élus locaux 

Demain, mes chers collègues, ce sont des investissements, tels le bio, le logement ou la branche Est de la LGV Rhin - Rhône dans notre région, remis en cause car vus par le petit bout de la lorgnette de petits comptables étriqués. Demain c’est l’apprentissage qui pourrait passer aux mains du MEDEF et nous nous associerons à l’initiative prise par Régions de France.

Monsieur le Président,

Aux aléas politiques nationaux faits de désengagements se sont rajoutés, dans un calendrier improvisé, de nouveaux aléas politiques régionaux. Conséquence immédiate, malgré vos efforts de rédaction et de communication léchée, nous sommes encore dans un budget d’entre deux.

Monsieur le Président, cette région pouvait tout se permettre, sauf un entre deux.

Pendant que d’autres régions ont avancé, construit, réformé… nous aurons – nous -  passé 50% de notre mandat à jouer des coudes et à nous regarder le nombril. Et ce, sans jamais arriver à produire une évaluation objective des politiques et dispositifs passés.

Lors de votre élection, vous nous aviez annoncé de fortes réorientations.

A la lecture de ce budget, force est de constater que vous êtes resté dans une vision politique : celle du passé.

Au-delà des discours, de vos discours Monsieur le Président, votre majorité continue d’empiler les dispositifs et les aides, souvent avec des critères restrictifs et abscons, alors même que nous devrions collectivement travailler sur leurs articulations ; faire preuve d’imagination, faire un pas de côté pour inventer un modèle de développement propre, différent des modèles connus par exemple en mutualisant les spécificités dans un fonctionnement commun lisible en faisant en sorte que chacun en soit renforcé (métropoles, communes, territoires ruraux).

Monsieur le Président, le statu quo n’est pas suffisant !

Quelques exemples :

D’abord le SRADDET. Il doit pour nous porter un esprit différent et ne peut être une simple vision (déclinaison) du CPER, surtout lorsque chacun comprend rencontre ministérielle après rencontre ministérielle que la signature de l’Etat n’a plus que la valeur de l’encre.

Or, votre SRADDET s’annonce demain comme une simple hiérarchisation des droits ; une absurdité au regard des enjeux de nos territoires…Monsieur le Président, affranchissez-vous des carcans de votre groupe politique, des barons locaux…financez les liens plutôt que les lieux ; Inventez et portez enfin demain des territoires de réciprocité, travaillez sur les articulations, les filières, celles–ci ont d’ailleurs disparu de vos éléments de langage budgétaire.

Ne recréez pas un nouveau jacobinisme à l’échelle du Grand Est, coordonnez plutôt que d’imposer. Vous devez convaincre et impulser. Inventer une nouvelle gouvernance en direction des acteurs locaux, y compris vis-à-vis de ces départements en mal d’identité.

Aux querelles de « bac à sable » porté par certains, engager la région via les Conférence des intercommunalités, aux côtés des métropoles….sans chercher à dominer mais en impulsant et en contractualisant.

En matière d’emploi, vous aviez fait vôtre notre idée de mener des actions et stratégies  « bassin d’emploi par bassin d’emploi », très bien !

Mais au-delà, dans votre budget j’ai du mal à voir clairement la traduction dans les budgets développement économique et formation professionnelle de cette ambition. Comme j’ai du mal et je m’interroge aujourd’hui sur le périmètre d’action de votre Vice-Présidente à l’emploi et de sa capacité à agir en fédérant les acteurs publics et privés demain ; avec le SRDEII nous avons de beaux outils mais en l’absence de stratégie clairement identifiée, on ne peut s’en servir !

Monsieur le Président, vous avez beau l’habiller en budget de consolidation, le répéter tout au long de votre longue et lancinante intervention, en essayant telle la méthode Coué, de vous en convaincre vous-même. Ce budget n’est pas un budget de consolidation il est au pire un compte rendu de mandat de Philippe Richert, au mieux, ne vous en déplaise un budget de transition.

Et budget de transition après budget de transition, vous faites prendre le risque de faire du grand Est, une collectivité de transition. Cela, nous ne pourrons l’accepter.

 

 

Je vous remercie."

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0