Réforme de la Formation Professionelle et de l'Apprentissage : logique de marché, basée sur l'individualisme et paupérisation des territoires

Joëlle Barat (08) s'est exprimée sur la Réforme de la Formation Professionnelle et de l'Apprentissage : logique de marché, basée sur l'individualisme et paupérisation des territoires.


Intervention de Joëlle Barat


Seul le prononcé fait foi

 

 

"Monsieur le Président, mesdames et messieurs,

Vous proposez au vote de notre assemblée, un rapport sur le Plan d’Investissement des Compétences. Vous saisissez une opportunité comme vous l’avez fait avec le précédent Plan 500 000 formations de la présidence Hollande.
Ce PIC affiche un objectif noble : l’entrée en formation d’un nombre important de personnes peu ou pas qualifiées.

Cependant nous ne pouvons pas occulter le contexte dans lequel s’insère ce PIC : le déploiement simultané des réformes de la Formation Professionnelle et de l’Apprentissage, qui nous font changer de paradigme en basculant vers une logique de marché, basée sur l’individualisme.

Deux piliers portent la réforme professionnelle :

Le premier pilier est la monétarisation du Compte Personnel de Formation et l’individualisation de celle-ci. Cela pervertit le cercle vertueux dans lequel devrait s’inscrire la formation professionnelle, en court circuitant l’étape indispensable d’accompagnement et de validation de projet. Attention, si l’injonction d’être acteur.trice de son propre parcours n’est pas accompagnée, on risque de répéter l’échec du précédent Droit Individuel à le Formation.


Une étude du CEREQ montrait que le DIF fonctionnait si le bénéficiaire était soutenu par un responsable de la formation de l’entreprise, un syndicat, un conseiller et ne fonctionnait pas lorsqu’il avait dû se débrouiller seul (Anne Fretel, économiste)
Le Conseil en Évolution Professionnelle, outil d’accompagnement des bénéficiaires a été créé en 2014,  ne peut on pas lui laisser le temps d’exister.


4 réformes de la formation professionnelle de 2004 à 2018 sans prendre le temps d’évaluer la précédente.

Sur l’aspect monétarisation du CPF:  si deux personnes ont chacune 500 Euros, rien n’empêche l’une des deux si elle a davantage de moyen, de rajouter 100 Euros, voire plus pour s’offrir une formation, et rien ne pourra empêcher un Organisme de Formation de tout faire pour convaincre une personne de vider son compte
De plus, on n’achète pas une formation comme on réserve un hôtel sur Internet (et c’est pourtant le sens du CPF tel que voulu par le gouvernement Macron)

Le 2ème pilier de la réforme repose sur le P.I.C., objet de notre vote

14,7 Milliards sur le quinquennat Macron seront dédiés au PIC.
Il s’agit d’une préoccupation légitime : former 1 million de chômeurs, et 1 million de jeunes très éloignés de l’emploi.
Il est judicieux de faire cet effort pour les moins qualifiés, mais attention, cela ne doit pas être au détriment de la formation des salarié.e.s en poste qui doivent actualiser et renouveler leurs connaissances.

 

Depuis 2009, une part de plus en plus importante des sommes consacrées à la formation des salarié.e.s est redirigée vers celles des demandeurs et demandeuses d’emploi.
Dans le 1% de la masse salariale versée par les entreprises pour la formation 0,15% (700 à 800 Millions d’euros par an) y est ainsi allouée.
Selon les projets gouvernementaux, cette part passerait à 0,3% soit 1,5 Milliards d’euros par an.
La moitié du fonctionnement du P.I.C se fait sur le dos de la formation des salarié.e.s
Soit déshabiller Paul pour habiller Jacques pour un résultat hasardeux.
En effet, attention au mythe de la formation comme seul remède miracle.
D’autres pistes doivent être explorées.


Les experts de la formation plaident pour :

- Une meilleure articulation entre formation initiale et formation continue
- Des apprentissages moins traditionnels mais plus axés sur des mises en situation professionnelles
- Le développement de l’insertion par l’activité économique
- Une réflexion à mener dans les entreprises sur leurs pratiques de formation et de recrutement de candidatures

Cette réforme de la formation professionnelle signe une recentralisation et la fin du paritarisme

Avant de conclure, quelques mots sur la réforme de l’apprentissage,
Nous passons d’un système administré par les pouvoirs publics à un système entièrement régulé par le milieu professionnel, avec un énorme risque : celui de créer des inégalités territoriales, et des inégalités de formation au regard de la disparité des différentes branches professionnelles. Une rupture forte qui fait basculer l’apprentissage de la formation initiale vers la formation professionnelle.
Autre risque et non des moindre, passer d’une logique de diplôme qualifiant à une logique d’acquisition de compétences très spécifiques.

J’en veux pour preuve l’intervention conjointe d’Hervé Morin et François Bonneau, dénonçant les risques majeurs de disparition de toute offre de formation en apprentissage dans des pans entiers de territoires.

Monsieur le Président, au regard de ces constats, nous nous abstiendrons sur ce rapport."

 

 

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