1046 jours plus tard rien de nouveau dans le Grand Est

Pernelle Richardot (67) a introduit la séance plénière de novembre pour la Gauche. Voici son intervention.


Intervention de Pernelle Richardot


Seul le prononcé fait foi
 

 

« Aujourd’hui, nous avons le choix de la construction et vous pourriez vous saisir de ces nouveaux possibles pour nous proposer (enfin) une bataille commune… Il serait de votre responsabilité de savoir nous rassembler pour porter, ensemble, une vision ambitieuse de nos territoires pour renforcer notre attractivité mais aussi pour construire de nouvelles solidarités …. »

Monsieur le Président, ces paroles je les prononçais il y a un peu plus de 2 ans lors de la Séance Plénière du 21 octobre 2016.

 

Il s’est écoulé très exactement 1046 jours depuis notre installation. Et ces propos restent cruellement d’actualité (et croyez-moi je le regrette profondément !).

 

C’est vrai, Monsieur le Président que vous - comme Philippe Richert- avez construit le Grand Est à l'encontre de toutes les suspicions (et pas simplement alsaciennes). En revanche, s'il était essentiel de structurer une grande région, vous auriez dû vous obliger à un effort de décentralisation régionale. C’était la première condition qui aurait permis au Grand Est de susciter de nouveaux espoirs, de nouveaux possibles pour une action publique forte.

 

Il fallait pour cela porter une vision d’une nouvelle langue de l’action publique, ne pas hésitez à contractualiser avec nos territoires et refuser ces querelles mortifères sur le « qui fait quoi ». Aujourd’hui, la région Grand Est, nos nouveaux fonctionnements suscitent fantasmes et angoisses, peurs parfois exacerbées par quelques politiques qui sont en fait incapables – dans leurs territoires – d’affirmer et défendre ces nouveaux possibles.

 

La perte des services publics, la fermeture ou la suspension de lignes ferroviaires alors même que le prix du gazole s’envole sous le coût d’une flambée de taxes, la désertification médicale réalités du quotidien pour de nombreux territoires ruraux, mais aussi parfois dans des enclaves sociales au sein de nos métropoles.

 

Si l’on ajoute à cela un gouvernement qui s’enorgueillit de tailler en pièces les corps intermédiaires, les corps d’équilibre de la société, un Pacte financier – contrat léonin – bridant l’action de notre collectivité, toutes les conditions sont remplies pour faire le lit à des solutions démagogiques portées par les divers populismes.

 

Alors (en attendant le débat d’orientation budgétaire et qui sait le prochain budget…), je vais répéter notre vision …

Nous l’avons dit : faire renaître la confiance passe nécessairement par plus de décentralisation, par des liens de proximité plus forts avec les procédures de décision ; Et cela ne se résume pas à la dissémination de maisons déconcentrées de la Région mais bien au portage de politiques structurantes au plus près des besoins. Ces territoires sont assurément les leviers les plus puissants pour agir efficacement sur la vie des citoyens.

 

C’est là que doit se mener concrètement le combat de l’écoute, de l’action et de la preuve !

Vous vous gaussez lorsque nous évoquons la nécessité d’un schéma régional des mobilités…mais c’est bien ce schéma qui nous aurait permis d’anticiper les suspensions de lignes, de répondre aux nouveaux besoins de « rabattement » comme par exemple sur la ligne St Dié – Épinal ;

Sur le ferroviaire je m’interroge :  les travaux de la quatrième voie entre Vendenheim et Strasbourg sont engagés pour 200 M€. Or, depuis quelques années, une solution d'automatisation de la conduite des trains permet d'obtenir le même résultat en termes de productivité de trafic pour un coût d'à peine 10%. Il aurait donc mieux valu, en termes d'investissement, se poser la question de 2 voies supplémentaires en gare centrale. Mais sur le sujet on constate que les autorités de transports sont incapables de fournir une réflexion collective par absence même de lieux pour la produire.  La Région Grand Est doit être ce lieu. En l’absence de nouveaux possibles, on peut comprendre que la rentabilité économique ne soit que le seul critère pour certains décideurs.

 

De la même manière, vous avez minimisez nos demandes répétées de mener conjointement des stratégies industrielles (bassin d’emploi par bassin d’emploi) et des stratégies de formation professionnelles anticipant les vagues de délocalisation, les pertes d’emplois et les reconversions des territoires…Or, ce sont bien ces anticipations fines qui peuvent répondre aux angoisses légitimes des citoyens confrontés aux bouleversements industriels. Il nous faut être plus inventif en termes de maintien de l'emploi, en termes de construction de nouveaux emplois "solidaires" avec l'idée de sociétés coopératives de territoires où l'apport public n'irait pas à l'encontre du principe de la concurrence libre et non faussée mais pourrait s'appuyer sur la prise en charge "d'un bien commun" au sens du droit européen, ce qui permettrait à minima de transférer des prestations sociales sur le financement d'un poste de travail.

 

Faire renaître la confiance c’est aussi permettre au débat démocratique de s’exercer pleinement et sereinement. Aujourd’hui nous aurons en tout et pour tout 22 minutes de temps de parole…Je laisse ici à chacun le soin d’apprécier ce que cela représente pour parler développement économique, environnement et transition écologique, … toutes ces politiques qui sont au cœur des enjeux de demain.

La démocratie (et je m’arrêterai là), ce n’est pas non plus venir devant une assemblée (pourtant concernée au premier chef) une fois que tous les accords sont bouclés, signés.

Mes chers collègues,

 

La liste est longue de ce que nous aurions aimé dire dans cette intervention liminaire…non pas pour geindre…loin des interventions de postures et de l’exercice obligée inhérente à toute séance plénière…mais nous n’avions que 3mn….Vous l’aurez compris nous attendons un sursaut, des actes et que cette assemblée devienne enfin un lieu de création et d'animation de notre avenir commun.

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