Le langage, enjeu d'égalité

Jöelle Barat (08) s'est exprimée sur le prix régional pour l'égalité et la mixité en Grand Est.


Intervention de Joëlle Barat


Seul le prononcé fait foi

 

" Monsieur le Président, cher.e.s collègues,

 

Nous ne pouvons que nous féliciter de voir le prix égalité-mixité élargi au monde associatif, au monde de l’entreprise et au monde de la formation.

 

Des combats importants restent  à mener, et nous savons qu’en matière de lutte contre les discriminations, rien n’est jamais acquis.

 

Les stéréotypes, les représentations, terreau des inégalités entre les femmes et les hommes, ont la vie dure. De nombreuses lois ont tenté de lutter contre les inégalités.

 

Néanmoins, des inégalités socio-économiques significatives, entre les femmes et les hommes, perdurent.

 

Cela pose à la fois, un problème de justice sociale, mais aussi d’efficience économique.

 

Un rapport du Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective conclut que la recherche d’égalité bute sur les attitudes et les rôles sociaux.

 

Des solutions sont proposées pour tendre à les faire disparaître :

 

-          favoriser la conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle par l’expérimentation de nouvelles formes de flexibilité positive de l’emploi redonnant le contrôle de leur agenda aux salarié.e.s

-          développer l’alternance des métiers à dominante féminine où cette forme d’apprentissage est traditionnellement peu présente

 

Les études montrent que les stéréotypes pèsent plus spécifiquement sur les garçons et les filles des classes populaires, restreignant leur champ des possibles.

 

Il est également prouvé que le poids des représentations sociales est un facteur de risque majeur tant pour la santé des filles que pour celles des garçons.

 

Il s’agit bien de combattre les inégalités que l’universalisme du masculin neutre ont contribué à perpétrer.

 

La langue est un héritage mais aussi une matière vivante, qui doit s’adapter aux évolutions sociales. Dans un pays où l’égalité entre les femmes et les hommes est inscrite dans la Constitution, la langue ne peut rester un domaine où serait encore admise et revendiquée l’expression de la prétendue supériorité d’un sexe sur un autre. Ne pas pouvoir nommer le féminin, ou le faire disparaître dans un genre prétendument indifférencié, c’est organiser l’invisibilité donc l’absence des femmes dans la sphère publique.

 

A ceux qui pensent qu’il s’agit d’une question accessoire, je rappelle que c’est bien parce que le langage est politique que la langue française a été infléchie délibérément vers le masculin durant plusieurs siècles par les groupes qui s’opposaient à l’égalité des sexes. Jusqu’au 17ème siècle, l’écriture dite aujourd’hui « inclusive » était la norme. C’est durant ce 17ème siècle que l’idée de désigner les femmes par des noms communs masculins apparaît.

 

D’autre part, en français, le neutre n’existe pas : un mot est soit masculin, soit féminin.

 

Cette problématique pourrait être mise en parallèle avec l’histoire du suffrage universel. Le masculin n’est pas plus neutre que le suffrage n’a été universel jusqu’en 1944.

 

Je sais les avis partagés au sein de notre assemblée, mais je sais aussi que le diable se cache dans les détails, et comme je vous le disais le langage est hautement politique et représentatif d’une vision de la société.

 

Le travail sur les représentations, les stéréotypes passent, sans doute, par un retour à un français parlé jusqu’au 17ème siècle, un français qui utilisait les mots « Philosophesse », « Professeuse »…..et aboli par des règles sexistes, dont l’objectif clairement affiché était d’effacer par le langage, la présence des femmes dans certains domaines, entre autre dans les professions dites « supérieures ».
 

Oui, Monsieur le Président, cher.e.s collègue, rien n’est jamais acquis et ce combat, loin d’être terminé.

 

Je vous remercie, nous voterons pour ce rapport."

 

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