Après les pétitions de principe, passons aux actes

Pernelle Richardot (67) a introduit la Séance Plénière Budgétaire pour le Groupe Socialiste, Républicain et Citoyen.


Intervention de Pernelle Richardot


Seul le prononcé fait foi

 

" Mes chers collègues,

Le nouveau monde consiste, en fait, à flatter l'ancien monde ; ou en tous les cas, les plus riches d'entre eux et oublie de dessiner ce que devait être un « nouveau monde » dans le contexte que vous avez très bien décrit, celui des défis :

Le défi climatique, celui de la justice sociale, du déclassement territorial, le défi numérique, bref les grandes questions qui bouleversent notre temps de ce monde en bascule.

Lorsqu'on annonce nationalement un plan de pauvreté de 2 milliards pour 9 millions de pauvres par an et qu'en parallèle, un an avant, en un claquement de doigt, on a annoncé 3 milliards pour 300 000 des plus aisés en supprimant une part de l'I.S.F., cela ne peut que provoquer un fossé, cela ne peut que provoquer un sentiment d'injustice.

Ne tombons pas dans le même piège régionalement … Dès 2016, nous avions alerté sur les risques de fragmentation du territoire, sur la montée des antagonismes entre les citoyens de la Grande Région.

Dès 2016, nous appelions à sortir des querelles de boutiquiers pour construire des réponses politiques afin que chaque citoyen trouve sa place dans les politiques publiques locales.

Ce sentiment puissant de déclassement, de fracture territoriale … de peur de l’avenir… nos concitoyens le hurlent.

Nous refusons de céder à ce fatalisme qui alimente la désespérance de nos concitoyens, laissant le champ libre à celles et ceux qui n’ont comme seul programme que la haine de l’autre, le repli identitaire et maintenant, le repli territorial.

Réfléchissons comment on oriente à la fois nos territoires et les trajectoires.
Passons des mots et des grandes déclarations aux actes !

Les actes, c’est repenser les services publics de proximité (y compris dans nos gares et nos trains) avec un principe simple : mettre des femmes et des hommes face à des femmes et des hommes.

Des actes pour anticiper le nouvel exode rural dont l’INSEE s’est récemment fait l’écho et qui aura de nouvelles répercussions dans nos territoires.

Des actes, c’est la gratuité des transports scolaires sur l’ensemble du territoire du Grand Est. Vous faites partiellement vôtre cette idée que nous portons avec force depuis janvier 2016….Et cependant, pas un mot dans votre budget ...

Des actes, c’est se battre (encore) pour négocier avec la SNCF des sanctions plus fortes afin de limiter les retards des trains, c’est reverser les pénalités aux voyageurs pour proposer aux usagers des billets à petit prix, pour rouvrir des lignes fermées afin d'irriguer le territoire.

Les mobilités sont le sujet qui se trouve au croisement des crises. En la matière, la Région se doit d’être dans l'innovation.

Des actes, c’est demander aux universités du Grand Est de ne pas augmenter les droits d’inscription pour les étudiants non européens, c’est mettre fin au subventionnement des écoles privées hors contrat et réinjecter les sommes dans l’enseignement public, les associations sportives ou des programmes en direction de la jeunesse.

Des actes, c’est imaginer un chèque énergie régional qui inclut la prise en compte des frais kilométriques parce que l’utilisation de la voiture n’est pas toujours un choix ...

Des actes pour répondre aux défis du développement économique, de l’emploi ... Notre région doit s’imaginer et se vivre à 360 degrés, nous devons mettre en œuvre de véritables stratégies de filières ; cette stratégie-là, vous semblez l’abandonner.

Des actes pour répondre aux défis de la démocratie régionale. Vous hurlez lorsque l’on vous parle de jacobinisme régional et pourtant, c’est un sentiment aujourd’hui partagé par beaucoup. Il est de notre devoir de renforcer les cadres d’exercice de la démocratie pour permettre aussi l’expression de la diversité.

Dans un système politique contesté et contestable, nous avons aujourd’hui plus que jamais besoin de réinventer la relation citoyen-élu. Le Grand Est offrait de nouveaux possibles. Il serait temps de nous en saisir.

Faisons par exemple des assises territoriales où nous pourrions co-construire des propositions adaptées à la réalité des territoires et aux aspirations des citoyens. Sans questionnaire pré-établi, sans one-man-show … avec humilité et écoute. Imaginons des outils horizontaux et transversaux en réponse aux cloisons et verticalités du passé.

Nous sommes des élus locaux, des élus du monde réel, à portée d’engueulades et nous faisons face au désarroi des citoyens. Il y a pire que la surdité sociale, il y a le mépris technocratique … ne tombez pas dans ce piège de ne piloter qu’une collectivité de gestion !

Monsieur le Président, je ne vous ferai pas griefs du passé, mais vous serez comptable de l’avenir et notamment dans la direction qui sera donnée au travers de ce qui est finalement votre tout premier budget.

Je fais le vœu que – dès cette session budgétaire, car l’urgence est là - nous puissions émettre du son en commun sur toutes ces questions essentielles. Alors seulement, ce récit commun nous permettra d’agréger une forme d’espoir et des actions quotidiennes.

Je vous remercie."

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