Un budget vert pâle !

Cléo Schweitzer (68) est intervenue sur le Budget Primitif 2019 relatif à l'environnement de notre collectivité.


Intervention de Cléo Schweitzer


 

Seul le prononcé fait foi

 

«Vous affirmez que la lutte contre le changement climatique et la perte de la biodiversité constituent des défis à relever d’urgence. Nous ne pouvons, hélas, que souscrire à cette affirmation. Mais les leviers actionnés dans l’ensemble des politiques régionales en faveur d’une transition écologique sont bien insuffisants pour en faire une priorité, et il manque trop souvent des positions politiques fortes et affirmées sur certains dossiers. Je nuance néanmoins mes propos puisque nous avons ce matin même dans l’hémicycle appris que la filière viticulture s’achemine vers un plan zéro-phyto… C’est une excellente nouvelle pour une ressource aussi précieuse que l’eau !

 

L’eau évidemment, ressource vitale pour chacun d’entre nous et pour l’économie, une ressource qu’il faut économiser, protéger, partager. Prélèvements trop importants, pollutions en tous genres, obstacles entravant le libre écoulement des rivières et le déplacement des animaux qu’elles hébergent… Toutes ces problématiques vont s’amplifier pour diverses raisons et avec le changement climatique. Au-delà des politiques traduites dans le budget 2019 qui n’inversent pas les tendances sur les indicateurs principaux de pollution des ressources ou de biodiversité, notre groupe souhaite une présence plus affirmée sur les dossiers environnementaux majeurs comme le GCO, Stocamine, la taxe poids lourds, CIGEO ou encore la nappe de Vittel.

 

Sur ce dossier nous aimerions que la Région Grand Est défende la priorité d’usage des habitants sur la nappe souterraine alors que l’entreprise Nestlé Waters pompe et privatise tout simplement la nappe des grès du Trias inférieur.

 

De même pour le dossier Stocamine, à l’heure où l’Etat entérine l’enfouissement définitif des déchets, décision scandaleuse et inacceptable, la Région Grand Est doit interpeller fortement le Président de la République et le gouvernement. Comment pourrions-nous accepter une pollution annoncée de la nappe phréatique d’Alsace ? J’espère que nous allons profiter de cette séance publique pour nous indigner collectivement sur ce sujet au moins !

 

S’agissant de la transition énergétique, malgré les bonnes intentions de la politique climatique du Grand Est, sa mise en œuvre est en décalage avec vos ambitions et les objectifs du SRADDET, 45 000 logements par an alors que le rythme actuel est de 20 000, nous n’avons pas constaté une montée en puissance budgétaire à la hauteur de cet écart, au contraire nous constatons une baisse du budget fonctionnement de la transition énergétique !

 

C’est l’actualité brûlante tantôt sociale, tantôt climatique qui pousse vos décisions alors que nous devrions anticiper un monde qui se réchauffe et prévenir les crises qui vont en découler. L’urgence est aujourd’hui systémique, nous devons changer de paradigme, nous devons changer de modèle. Les citoyens le comprennent chaque jour un peu plus et changent leurs modes de vie, de consommation, s’impliquent de plus en plus dans les combats environnementaux, et heureusement d’ailleurs car nous ne pourrions pas préserver les milieux naturels sans l’implication de nombreux bénévoles qu’il faut

 

remercier ici. Nous, élus régionaux, devrions être à l’avant-garde des transitions, c’est la planète qui brûle et nous donnons parfois le sentiment que nous pouvons continuer comme avant !

 

Certes, comme disait Théodore Monod, « le peu qu’on peut faire, le très peu qu’on peut faire, il faut le faire »

 

Nous le faisons mais la décarbonation rapide qui nous est imposée suppose des mesures fortes. Vous l’avez compris pour les mobilités, en engageant une réflexion de fond mais nous aurions souhaité que la Région Grand Est propose avec plus d’audace, à l’image d’autres régions, un véritable « pack mobilité verte ».

 

Il faut désormais engager la même démarche pour le bâtiment, pour les économies d’énergies comme pour la production d’énergies renouvelables, et réfléchir à la mise en place d’incitations suffisantes pour les ménages en tenant compte de leurs niveaux de revenus car la transition énergétique ne se fera qu’avec des aides plus importantes pour les ménages les plus modestes en situation de précarité énergétique. Malheureusement nous ne constatons pas un effort budgétaire significatif dans le dispositif Climaxion.

 

Il est évident que pour inverser les tendances qui placent notre région à la 3ème place des régions émettrices de rejets de CO2 et parmi les régions de France qui ne maitrisent pas la hausse de l’artificialisation progressive des espaces, qui placent notre région à la deuxième place pour l’augmentation la plus faible des surfaces en agriculture biologique, alors que la demande explose, il faudra plus de volonté politique, mais aussi des actions à la hauteur d’enjeux aussi importants que l’organisation d’une alimentation saine, la préservation des zones agricoles nécessaires pour faciliter les circuits courts, la préservation de la qualité des sols, de l’eau et de la biodiversité.

 

Explication de vote :

 

Nous nous abstiendrons sur ce budget vert pâle dans un contexte qui demande des décisions stratégiques, politiques et budgétaires fortes et de l’anticipation.

 

Pour deux raisons principales :

 

La politique des petits pas c’est fini, c’est d’un plan Marshall en faveur de la transition écologique dont nous avons besoin et si évidemment une région seule n’a pas toutes les cartes en main, nous vous invitons, Monsieur le Président, à faire de notre collectivité le fer de lance de l’écologie dans le Grand Est quitte à taper du poing sur la table nationalement !

 

Pour expliquer la baisse du budget fonctionnement de la transition énergétique, vous évoquez une sur-dimension des besoins et une augmentation de l’enveloppe des investissements. Comment peut-on avancer une telle explication alors que tant de personnes ont besoin d’aide pour la transition énergétique et souffrent de précarité énergétique dans notre région ?».

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