L’avenir ne se prévoit pas, il se prépare !

Hélène Colin (88) est intervenue sur Orient’Est - Élargissement de l'action de la Région en faveur de tous les publics en matière d’information sur les métiers et les formations


Intervention d'Hélène Colin


 

 

Seul le prononcé fait foi 

 

" Monsieur le Président,

 

Le rapport soumis à l’assemblée régionale vise à prendre acte de la nouvelle compétence en matière d’orientation, confiée par l’Etat aux Régions, les chargeant ainsi de l’information sur les métiers et les formations.

 

La loi qui opère ce transfert, comporte cependant des écueils, comme celui de la monétarisation du Compte Personnel de Formation (CPF), dont nous avons déjà parlé ici. Elle présente des menaces, également pointées par le CESER, de fermeture de centres de formation dans des bassins d’emploi en forte tension, là où la formation devrait au contraire être une arme, déployée au cœur des territoires les plus fragiles. Elle lève enfin des inquiétudes, déjà évoquées au sein de cet hémicycle, par le passé, notamment au sujet de l’apprentissage et de cette sorte de recentralisation qu’elle opère en la matière.

 

Elle suscitera également, je le pense, des difficultés pour tous ceux qui souhaitent bénéficier du service public de l’orientation.

 

D’abord, des difficultés en matière d’accès à  cette information, puisqu’elle sera mise à disposition au sein des établissements scolaires publics et, de ce fait, inaccessible aux élèves du privé, décrocheurs scolaires, adultes en reconversion, jeunes demandeurs d’emploi, bref des publics qui jusqu’alors avaient pour habitude de se rendre dans un lieu neutre et externe.

 

Elle posera des difficultés en matière d’égalité devant l’information reçue, parce que, comme la documentation sur les enseignements et professions sera élaborée par les Dronisep (Directions régionales de l’Office national d’information sur les enseignements), et que chacune d’elles aura sa base de données sans mutualisation à l’échelle nationale, demain, un étudiant du Grand Est n’aura pas accès à la même information qu’un étudiant d’Occitanie, avec le risque que certaines Régions mettent en avant des formations en fonction des besoins locaux.

 

Elle présentera encore des difficultés en matière d’exercice de cette compétence nouvelle par les Régions. En effet, celles-ci ne disposent, aujourd’hui, d’aucune instance de liaison pour discuter avec les professeurs principaux chargés de diffuser l’information auprès des lycéens, encore moins auprès des collégiens.

 

Elle conduira enfin à des difficultés en matière d’accompagnement dans les choix de parcours à opérer, puisque, désormais, les professeurs principaux seront, malgré eux, les premiers prescripteurs en matière d’orientation, rendant de fait presque superflus les Psychologues de l’Education nationale dont l’orientation est tout de même le métier !

 

Face à ce nouveau schéma de l’orientation, des craintes naissent aussi concernant le rôle des Centres d’Information et d’Orientation, et des personnels psy-EN, acteurs historiques de l’orientation et véritables accompagnateurs, intervenant aussi bien en milieu scolaire que dans les CIO. Comment les Régions comptent-elles les associer, quelles autres missions éventuelles vont-elles leur confier, certaines Régions leur préféreront-elles des opérateurs privés ? Autant de questions qui restent entières et nourrissent les attentes fortes exprimées en direction des Régions.

 

La Loi prévoit bel et bien qu’une réflexion, prenant en compte les besoins des différents publics, s’engage sur l’évolution de la carte des CIO, menée notamment en concertation avec les régions ; je me permets donc de vous interroger, Monsieur le Président, sur les intentions de la Région Grand Est en la matière, et sur le travail de lobbying qu’elle peut entreprendre pour asseoir le rôle des CIO et les associer pleinement au service public régional de l’orientation.

 

Il est indispensable qu’en articulation avec le SPRO, les CIO puissent continuer à animer nos territoires en y organisant divers événements, continuer à être un lieu dédié et distinct de ressources et d’expertise, à faire le lien et à être le lien entre les actions des divers partenaires institutionnels, à participer aux actions de prévention, de remédiation du décrochage scolaire, d’accompagnement des élèves porteurs de handicap, ou encore des étudiants internationaux.

 

 

Autant de totems qu’il nous faudra collectivement assumer et préserver, et ce pour que nos Concitoyens, notamment les plus jeunes, puissent prévoir leur avenir et savoir où ils vont. Monsieur le Président, nous voterons POUR ce rapport, avec la volonté ferme de veiller toutefois à ce que le Grand Est soit attentif au rôle d’accompagnement indissociable du rôle d’information sur les métiers et les formations."

 

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