Lycée 4.0 : non à la généralisation !

Bertrand Masson (54) est intervenu sur la décision modificative 1.


Intervention de Bertrand Masson


 

Seul le prononcé fait foi 

 

« Voilà plus de deux ans que nous vous mettons en garde, que nous attirons votre attention sur les faiblesses et les fragilités de ce dossier.

 


Certes, les discours ont évolué. Mais les actes n’ont pas suivi !

 


Nous ne retirons pas un mot à nos interventions précédentes.

 


Pas un mot sur la précipitation et la conduite à marche forcée de ce dossier... au point que vous en avez oublié de nous faire voter sur la gratuité du matériel informatique.

 


Pas un mot sur les difficultés matérielles qui perdurent et le minimum d’honnêteté intellectuelle serait de le reconnaître.

 


Pas un mot sur l’insuffisance de l’accompagnement des enseignants, qui ont fini, pour beaucoup, et je le regrette, par ranger au fond des tiroirs les ordinateurs. Vous dites, il faut du temps pour une mise en œuvre optimale, nous sommes d’accord mais il faut aussi y consacrer des moyens humains.

 


La question de savoir s’il faut utiliser le numérique ou pas à l’école n’est plus pertinente tant le numérique s’est imposé de tous les pans de la vie. Mais, entre cette nécessité et une mise en place qui fasse réellement mieux apprendre, les enseignants se retrouvent souvent dépourvus. Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, déclare : « ces équipements numériques ont-ils un impact positif ou, peut-être, négatif sur les apprentissages ? On ne sait pas. » Frédéric Bernard, maître de conférence en neuropsychologie à l’Université de Strasbourg a montré que « la compréhension d’un texte est meilleure, plus profonde et plus durable quand on lit sur papier ».

 


Je l’ai déjà dit ici, l’éducation est d’abord l’affaire de femmes et d’hommes, d’élèves, d’enseignants, de parents d’élèves. Le jour où l’outil numérique, fut-il moderne et gratuit, commandera la pédagogie, sera un jour funeste pour l’école de la République.

 


Mme Guillemy nous dit que tout cela dépend de la pédagogie mise en place par le professeur. Mais ce qu’elle ne voit pas, c’est que le choix du tout numérique oblige à un choix pédagogie. Alors que, pour nous, nous sommes attachés à la liberté pédagogique des enseignants et donc, au libre-choix de leurs supports de cours.

 


Je n’ai malheureusement pas le temps de développer les risques sanitaires liés au numérique pour les jeunes. Mais, monsieur le Président, le médecin que vous êtes ne peut pas être insensible aux nombreux rapports de l’OMS, de l’ANSES ou de l’INSERM qui pointent ces dangers.

 

Sans parler des conséquences environnementales de l’usage du numérique, qui fait l’objet de nombreuses communications ces derniers mois.

 


Pour conclure,

 

- en cohérence avec nos demandes de justice sociale et attachés aux principes fondamentaux de notre République, nous sommes favorables à la gratuité du matériel.

 

- mais nous sommes opposés à la généralisation prévue en septembre 2019, ou au plus loin, en 2020. Celle-ci n’est pas acceptable sans qu’il soit conduit une évaluation sérieuse. C’est pourquoi nous demandons la création d’une commission régionale d’évaluation qui pourra auditionner l’ensemble des acteurs de ce dossier, des experts en toutes spécialités...

 

Aujourd’hui, faute de cette évaluation, tant de fois demandée, tant de fois promise mais jamais réalisée, nous nous opposons à la généralisation dogmatique de Lycée 4.0 »

 

 

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