Motion pour PAM Saint-Gobain

Retrouvez notre position sur la motion par Julien Vaillant (54).


Retrouvez le débat sur la motion


Retrouvez l'intervention de Julien Vaillant

 

 

" Nous partageons le souci que la région s’exprime avec une voix forte sur ce dossier industriel majeur et stratégique, pour la région bien sûr mais plus encore pour le pays.

 

Notre incapacité à préserver nos savoir-faire industriels provoque souvent chez moi colère et incompréhension. Je ne comprends pas comment nous avons pu, tous gouvernements confondus, laisser à ce point notre pays se désindustrialiser.

 Mais ce sujet inspire aussi de la modestie tellement il est complexe et les rapports de force en la matière déséquilibrés.

 

Concernant la motion qui nous est proposée, il convient de commencer par un rappel historique car il y a une inexactitude dans le texte proposé. Ce rappel est fondamental pour comprendre l’histoire qui se joue.

 

Contrairement à ce qui est écrit, Pont à Mousson SA ce n’est pas la manufacture royale. Celle-appartient à l’histoire de Saint-Gobain.

 

Celle de Pont à Mousson SA est différente. Pont à Mousson SA, c’est un groupe industriel qui s’est créé en 1856 à la découverte d’un gisement du côté de Saizerais / Marbache. Et par la suite, c’est Pont à Mousson SA qui a racheté Saint-Gobain, pour les sauver d’une « OPA hostile » de la part de BSN.


Quelle ironie de l’histoire ! Car lorsque l’on reprend cette histoire, l’on se rend compte que ce pacte scellé en 1970 est l’exact inverse de ce qui nous est proposé aujourd’hui.

 

C’était une alliance fondée sur une vision industrielle.

 

Je veux rappeler aussi le contexte plus vaste dans lequel s’inscrit ce dossier.

 

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a fait une conférence de presse sur ce sujet début septembre, durant laquelle il a annoncé que la France, aujourd’hui, était menacée d’un déclassement productif.

Quand le ministre de l’économie en place, fait passer un tel message, cela doit effectivement nous amener à réfléchir…


La part de l’industrie dans le PIB de la France, c’est 12%. Pour vous donner un ordre de comparaison, c’est 23% en Allemagne et 18% en Italie. C’est aussi une perte d’un million d’emplois en 10 ans.


Nous n’avons aujourd’hui que 3 filières « compétitives » au niveau mondial selon le ministre : l’aéronautique, le luxe et le vin. Et là, je vous le demande, peut-on vouloir être un grand pays sur la base de 3 filières ? Je ne le crois pas.

 

Au-delà de rappeler l’histoire et le contexte, je voudrais ici remercier le Président et sa majorité car je crois que la démarche que vous avez initiée, en mandatant l’ADIT pour faire une étude aussi imparfaite soit elle, était essentielle.

 

Contrairement à certaines expressions que j’ai pu lire dans la presse, y compris parfois d’organisations syndicales (c’est dire à quel point les sujets sont complexes), je crois que nous avons là un premier point d’appui pour décrypter la situation et pour surtout enfin arrêter collectivement d’être les naïfs d’un laisser-faire généralisé et se dire ensemble qu’il est peut-être temps que la puissance publique se décide enfin à organiser et à limiter les excès de la mondialisation.

 

Le vrai contexte de cette opération, quel est-il ?

 

C’est un groupe, Saint-Gobain, qui a entamé un plan de restructuration des fonderies depuis un moment déjà : 400 emplois non renouvelés.

- C’est un groupe qui annonce objectivement vouloir vendre pour 3 milliards d’actifs. Le dernier en date, la semaine dernière, c’était Lapeyre.

- C’est un groupe qui au départ a lui-même essayé de s’implanter en Chine pour aller concurrencer son confrère chinois qui aujourd’hui va le racheter. Et quand on regarde un peu l’histoire et la manière dont Saint-Gobain a dû renoncer à cette implantation, on se rend compte que les chinois ne sont pas comme nous, ils ne regardent pas passer les mouches, et ils agissent notamment pour rendre la situation de Saint Gobain la plus inconfortable possible. Le troisième acte de ce scénario, nous l’avons sous les yeux. C’est aujourd’hui le groupe chinois qui se propose de racheter à 60% Saint Gobain. Alors, c’est vrai, j’ai un parti pris, c’est que quand il y a un tel rapport de force, j’ai du mal à croire à un partenariat industriel sincère.

- Saint-Gobain, c’est aujourd’hui 10% du marché mondial mais 50% du marché européen. Voilà un objectif concret pour les nouveaux acquéreurs...

- Saint-Gobain, c’est aussi 1500 brevets. Il y avait un centre de recherche, je pense qu’Henry Lemoine l’évoquera peut-être plus que moi, qui était hier florissant et qui est aujourd’hui réduit à peau de chagrin. Mais c’est aussi cela le capital de PAM SA.

Saint-Gobain, c’est surtout au cœur d’un pays, la France, qui vient d’annoncer qu’elle avait pour objectif de doubler le nombre de renouvellements de ses adductions d’eau.

 

Je pense donc que nous devons nous retrouver sur une motion.

 

Je voudrais que l’on réécrive une motion collective dans laquelle on supprime la référence historique erronée et que l’on ajoute des scénarios alternatifs.

 

Il peut y en avoir des différents parce qu’il faut être modeste sur le sujet.

 

L’un des scénarios est de construire une alternative à l’échelle européenne sauf que sans volonté politique gouvernementale et sans partenaires européens c’est compliqué. J’ai déjà peur qu’en la matière les trains soient passés et qu’il ne soit trop tard.


Il y a une autre alternative complémentaire de notre point de vue. Nous devons demander que soit étudié et mis en application, un décret de 2014, qui est le décret « Montebourg » et qui a étendu le contrôle des investissements étrangers sur des actifs stratégiques français à de nouveaux domaines (énergie, eau, transport, communication et santé). Et Bruno Le Maire, vient de l’élargir lui-même au numérique.

 

Je sais que Bercy refuse. Mais ce décret n’a pas été rédigé dans l’esprit du législateur pour demander à Bercy de déterminer ce qui devait être stratégique ou non.


Et nous estimons modestement mais fermement que dans le secteur de l’eau et de l’adduction d’eau, Saint-Gobain est un aujourd’hui un acteur essentiel et stratégique.

 

Voilà le sens que pourrait prendre une motion nouvellement rédigée.

 

D’autres pistes, comme celle que vous portez avec la création d’un consortium autour de la BPI sont également envisageables.

Et si nous n’arrivions pas à nous retrouver de suite sur le même texte, alors à minima adoptons une motion qui demande à l’État et au gouvernement d’agir pour le maintien de l’outil productif et des emplois de manière pérenne.

 

 

Je vous remercie."

Écrire commentaire

Commentaires: 0