Lycées 4.0 : Pour une évaluation indispensable à la réussite de nos jeunes

Hélène Colin (88) est intervenue sur le Budget Lycées et apprentissage. 


Intervention de Hélène Colin


 

 

Seul le prononcé fait foi 

 

" Monsieur le Président,

Je suis amenée à intervenir sur le BPA (Budget Par Activité), tel que vous le nommez, qui se veut construit pour « créer des conditions favorables à la réussite des lycéens et accompagner la transition numérique et environnementale des lycées et des lycéens ».  Je note d’abord que cette présentation du budget sous une forme nouvelle vous oblige à compartimenter les sujets, d’une certaine façon, puisque – vous l’écrivez – les activités connexes de la politique Lycée sont intégrées dans la politique Jeunesse. Alors que c’est la raison que vous invoquez pour justifier cette méthode, je trouve, précisément, que cela cloisonne les sujets et nous éloigne de toute approche transversale des choses.

Je veux ensuite revenir sur les aides aux familles, et plus précisément l’aide à la restauration des élèves sur le territoire champardennais et les fonds sociaux sur les territoires lorrain et champardennais, qui demeurent différenciées selon les anciennes Régions, en attendant « la mise en place d’un système d’aides harmonisées sur l’ensemble du territoire du Grand Est », que l’on ne voit pas venir. Cela reflète bien, à mon sens, la difficulté à faire Région ensemble et, en tout cas, empêche nos lycéens et leurs parents de s’identifier comme appartenant à un même espace régional.



Je souhaite enfin aborder les failles subsistantes du dispositif Lycées 4.0, qu’il serait bon de traiter avant d’avoir l’ambition de poursuivre la généralisation et, même, l’enrichissement du dispositif par de nouvelles ressources et fonctionnalités, que vous évoquez dans votre budget.

    Mon âge certain témoigne de mes accointances avec l’outil informatique et, si je peux donc me réjouir que notre Région Grand Est soit, à terme, la première de France à s’engager dans la connexion de tous ses lycées, je serai davantage heureuse, encore, si nos lycées en étaient eux-mêmes pleinement satisfaits et si leur entrée dans l’ère de l’éducation numérique était effectivement concluante et, surtout, pérenne.

    J’aurais été totalement comblée si ce dispositif « Lycées 4.0 » avait été mis en place de façon concertée afin d’avancer pas-à-pas et d’évacuer au fur et à mesure, et de façon efficiente, les grains de sable observés dans l’engrenage.

    Je ne veux pas, bien sûr, être l’oiseau de mauvais augure, mais – vous le savez – aujourd’hui, il est un fait que, parmi les établissements de notre Région, il se trouve encore des lycées, même entrés dans le dispositif depuis trois années, qui rencontrent des difficultés obérant les chances de réussite de nos jeunes, inquiétant leurs parents, mobilisant les professeurs de Sciences Numériques et Technologiques, et épuisant les chargés de maintenance informatique des lycées.

On nous dit que les logiciels Microsoft Office ne fonctionneraient pas sur un ordinateur sur deux, dans certains lycées, obligeant alors les élèves à télécharger d’autres logiciels, pour le traitement de texte par exemple, avec tous les problèmes de comptabilité de formats de fichiers que cela peut engendrer.

On nous confie que le guichet de maintenance « PHARE » mis en place pour répondre aux difficultés éprouvées par les utilisateurs du matériel numérique, est débordé et se déclare incompétent sur certaines problématiques dont il est saisi, livrant ainsi à eux-mêmes des parents démunis face aux questionnements de leur enfant.

Enfin, on nous explique également que, dans certaines cités scolaires regroupant collège et lycée, des tablettes acquises par la collectivité départementale pour les collégiens, demeurent dans les placards, faute de comptabilité avec le réseau mis en place au lycée… Les personnels témoins de cette situation, s’interrogent : les deux collectivités départementale et régionale ne se sont donc pas concertées, ne discutent pas, n’échangent pas pour essayer de coordonner leurs actions et permettre effectivement à chacun, tout au long de sa scolarité, d’avoir un égal accès au numérique.

Je ne dresse pas une liste à la Prévert pour vous dire que tout ce qui a été fait est mal, je ne fais pas cela pour être rabat-joie ou rétrograde, ou dire « c’était mieux avant ». S’il y a échec de nos jeunes dans leur scolarité parce qu’elle aura été parasitée par des problèmes matériels, alors ce sera notre échec à tous, à ceux qui auront décidé cela autant qu’à ceux qui n’auront pas signalé, qui n’auront pas été vigilants à une correction du dispositif, si nécessaire et au bon moment.

Monsieur le Président, un peu comme ma nièce et de nombreux autres enfants qui ont écrit au Saint-Nicolas ce mois-ci, je lance une bouteille à la mer… dans votre direction ! Comme le dit le CESER, le moment est propice à l’évaluation du dispositif que nous réclamons depuis son lancement, sur les aspects techniques mais aussi environnementaux et sanitaires.

Non seulement propice mais impératif si l’on veut que l’échec évoqué précédemment n’ait été qu’une éventualité heureusement évitée au lieu d’un horizon certain.

Sans réponse favorable de votre part, notre vote se traduira par une abstention."

 

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