Un arbre par habitante et habitant

Jean-Marie Lalandre (88) est intervenu sur le Budget Agriculture et Foret.


Intervention de Jean-Marie Lalandre


Seul le prononcé fait foi 

 

« Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
Le budget Agricole et Forêt 2020 avec un peu plus de 32 millions d’euros en crédits de paiement est quasiment identique à celui proposé pour l’année 2019. Il subit une baisse de quelques centaines de milliers d’euros.

En sommes-nous satisfaits ?

Evidemment non. 

L’an dernier, je vous ai démontré que le Grand Est, 1ère Région Agricole de France, avec seulement 32.5 millions d’euros était très loin de la Région Occitanie, 2ème Région Agricole de France, qui elle y consacre 47 millions d’euro soit 50 % de plus !

Le budget est l’acte qui, plus que les discours d’empathie, concrétise la réelle volonté politique, le véritable soutien, aux activités sur notre territoire.

Force est donc, malheureusement, de constater que le budget Agriculture et Forêt ne progresse pas qu’aucun effort n’est réalisé par la majorité régionale. Laquelle, malgré mes multiples demandes, n’a d’ailleurs pas accompagné cette année les agriculteurs par un plan fourrage. Pourtant la sécheresse a bien eu lieu (cf documents Etat).

Je sais, je sais c’est la faute des autres : l’Etat, l’Europe, les organisations professionnelles agricoles, … enfin d’après-vous.
Le Budget Agricole et Foret 2020 est-il à la hauteur des enjeux ?

Non, il y manque un besoin prévisionnel de près de 8 millions d’euro.
Une somme farfelue ?
Une somme impossible à mobiliser ?
Une somme imprévisible ?
Trois fois non.

Chacune et chacun dans cet hémicycle, et pas que, connaît peu ou prou la catastrophe sanitaire qui frappe durement nos forêts. Je parle notamment des scolytes.

Le 28 mars 2019 dans le rapport 19SP-570, la majorité régionale a présenté son « Plan scolyte », élaboré à travers huit fiches actions.

Rapport 19SP-570 du 28 mars 2019
« Plan Scolyte »
Fiche 1 : Aide trésorerie + cautionnement
Fiche 2 : Aide financière au transport de grumes
Fiche 3 : Aide financière au transport de grumes scolytées petits diamètres
Fiche 4 : Aide financière aux aires de stockage
Fiche 5 : Aide financière au transport des sciages à destination de l’export vers les ports méditerranéens
Fiche 6 : Aide pour le renouvellement des parcelles forestières touchées
Fiche 7 : Aide aux communes

Fiche 8 :
-    Elargissement des itinéraires « bois ronds »
-    Assouplissement de certaines règles environnementales
-    Mise en place d’un dispositif de suivi de l’évolution des scolytes

Vous avez dit, vous avez écrit action !

Où en sommes-nous 9 mois après : 1 seule fiche a été mise en œuvre à savoir l’aide à la trésorerie en cautionnement pour les scieries. Ces aides remboursables avaient été prévues à hauteur de 5 millions, la moitié a été réellement consommée. Les 7 autres sont restées lettres mortes. Je sais, je sais la faute des autres …

Parallèlement à la même période, mars 2019, je vous ai fait plusieurs propositions : dont vous n’avez pas tenu compte.

-    Bonification de l’aide pour les propriétaires qui plantent des espèces à développement plus long (retour sur investissement) ;
-    Bonification pour favoriser le panachage d’essences sur une même parcelle (diminution du risque sanitaire) ;
-    Inclusion dans un dispositif de reconstitution de la ressource des feuillus qui souffrent également ;
-    Et surtout la création d’un fonds d’Aide Régionale exceptionnel pour le repeuplement des forêts communales.

Ce dernier élément est essentiel car beaucoup de nos communes perdent des ressources pour plusieurs décennies.

Un plan nécessaire économiquement, 60 000 empois environ, un plan vital environnementalement, captation du CO2, un plan qui doit être calibré à une prévision de 8 millions.

Une somme farfelue : non, elle correspond au coût d’environ 5.5 millions de replants. Le Grand Est compte un peu plus de 5 000 communes, 5.5 millions d’arbres représente une moyenne de 1 000 arbres par commune. Avec une densité de 800 plants par hectare le besoin en surface équivaudrait donc un peu plus d’un terrain de football.

Une somme impossible à mobiliser : non, souvenons-nous des 5 millions du plan d’urgence 2016, du million d’euro en 2018 en soutien aux arboriculteurs dont les arbres ont été victimes du gel, et encore des 8 millions en 2018 du plan sécheresse.

Une somme imprévisible : non, contrairement aux évènements cités précédemment qui eux était imprévisible, la crise sanitaire dans nos forêts est connue depuis plus d’un an.

Il faut bouger immédiatement.

Parce qu’il faut entre un et cinq ans pour produire des replants prêts à être repiqués, et le Grand Est ne sera pas seul à en avoir besoin. C’est donc le moment de conclure des contrats de cultures avec les pépiniéristes.

Parce que pendant que l’on attend ronces, genêts, épines noires et autres espèces envahissantes prospèrent. Parce que pour remettre en état les parcelles avant repeuplement des frais de gyrobroyage devront être engagés (1 500 euros l’hectare). La Vice-Présidente Pascale Gaillot, lors de la dernière commission thématique, a déclaré que pas un seul euro d’argent public ne doit être mis pour le repeuplement tant que la problématique « gibier » ne serait pas résolu. Mais, chère Pascale, croyez-vous que c’est en laissant se développer un couvert dense, épais, quasiment infranchissable aux humains et extrêmement risqué pour nos chiens que nous réduirons la population giboyeuse ?

Comment pensez-vous que nous arriverons à les sortir de ces forteresses végétales ?

Nous avons, à notre corps défendant, déjà connu cela après la tempête de 1999.

Monsieur le Président, au nom du Groupe socialiste, je vous réclame un arbre par habitante et habitant du Grand Est.

C’est nécessaire, c’est possible, nous le devons aux générations futures, alors faisons-le, pas hier, pas demain mais ici maintenant.

Je n’ai pas écrit une lettre au petit Papa Noel Jean Rottner, mais une lettre argumentée à l’un des principaux responsables politiques du Grand Est, de la France

Je vous remercie."

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