Pour des politiques publiques régionales respectueuses de la biodiversité

Cléo Schweitzer (68) a pris la parole sur la Stratégie Régionale Biodiversité, l'eau, la convention avec Action Logement et la convention SARE.


intervention de Cléo Schweitzer


 

 

Seul le prononcé fait foi :

 

" Monsieur Le Président,

 

Tout ce qui est proposé dans ce document stratégique va dans le bon sens… Il faut dire que la situation est grave et nécessite des décisions et des actes urgents et courageux face à cette sixième extinction massive d’espèces. Cette dernière s’explique par une multitude de facteurs tous liés aux activités humaines : changement climatique, dévastation des milieux naturels, déforestation, exploitation minière, urbanisation effrénée, pollutions innombrables des pesticides aux plastiques, en passant par les apports azotés excessifs et la pollution lumineuse. 

 

Le temps est désormais compté et pourtant il manque véritablement des choix importants sur des leviers essentiels dans votre stratégie : sans un changement systémique de nos modes de production et de consommation vers un modèle plus sobre, le déclin de la biodiversité ne cessera pas. 

 

Comme toujours la question du financement est déterminante. Les budgets nous paraissent insuffisants tout comme parfois vos ambitions. Le Grand Est fait partie des territoires français qui vont le plus souffrir du réchauffement climatique, et nous devons déjà faire face à des crises sanitaires durables qui affectent plusieurs essences forestières, alors pourquoi ne pas lancer rapidement la plantation de 5 millions d’arbres comme nous vous l’avons proposé et vous limiter à 1 million si ce n’est pour une question budgétaire ? 

 

La question de la conditionnalité des aides est à peine évoquée, sans détails, alors que c’est un outil puissant et rapide de transformations des politiques sectorielles. Car c’est bien ces transformations qu’il faudra réussir, en cohérence avec ce que vous présentez dans la stratégie régionale pour la biodiversité. 

 

Vos choix politiques souffrent de paradoxes : un SRB avec des orientations allant dans le bon sens, et en même temps des soutiens à des projets d’aménagement routier, d’implantation d’entrepôts géants au service du commerce en ligne, projets aux conséquences environnementales mais aussi sociales catastrophiques pour ne citer que ces deux exemples. La région Grand Est est-elle prête à soutenir la demande de moratoire portée par des citoyens et des parlementaires face à cette poussée d’entrepôts, qui curieusement ne s’implantent ni en Suisse où les poids lourds sont fortement taxés ni au Bade Wurtemberg voisin.

 

Ces exemples révèlent que vos choix n’intégrent pas véritablement une approche globale, qui mesurerait tous les impacts et conséquences à court, moyen et long termes. 

 

Enfin, il faut souligner que de nombreuses personnes ont changé de point de vue, ont découvert la biodiversité et son importance suite au confinement, ont pris conscience du lien alimentation de qualité et production locale (depuis le début de la crise sanitaire la vente de produits bio a bondi de près de 15 %), de l’intérêt de préserver des espaces plus sauvages… Un message est en train de passer. Ce plan aurait pu donner une place plus importante à l’éducation, à l’accompagnement du mouvement citoyen en faveur de la biodiversité. Il y a des marges de progression immenses dans nos villes comme dans nos campagnes !

 

Vous évoquez un renforcement de la police environnementale ce qui nous amène à votre délibération concernant la politique autour de ce bien commun qu’est l’eau. Au-delà de ce catalogue d’actions certes intéressantes, nous devons aussi être dans l’anticipation en prévenant les conflits d’usages et les risques d’épuisement des nappes phréatiques comme celle de Vittel et Contrexeville ou encore en mettant en place des politiques de prévention plus fortes pour prévenir la pollution des eaux souterraines car hélas les micros polluants sont en augmentation et avec eux, en tête, les métabolites de pesticides dont on ne sait pas encore grand-chose mais qui seront sûrement les problèmes de notre eau potable de demain.

 

Chers collègues, cibler les activités humaines qui appauvrissent directement la biodiversité est devenu une nécessité de santé publique car nombreux sont déjà les scientifiques qui le disent : c’est bien le déclin de la biodiversité, qui, en réduisant les populations d’hôtes pour de nombreux pathogènes, augmente les risques de transmissions, de résistances et d’émergences de nouvelles maladies et la période que nous vivons en est probablement la première démonstration.

 

Nous devons tous changer de paradigme mais le Conseil Régional du Grand Est, en tant que chef de file de la préservation de la biodiversité, a le devoir d’accélérer ce changement et d’intégrer prioritairement la biodiversité et l’environnement dans la relance post-covid. A ce titre, le Business Act dont nous avons parlé ce matin est aussi important pour la biodiversité que le document présenté ici, l’enjeu pour notre collectivité étant d’incarner la cohérence et le courage politique à la hauteur des enjeux écologiques.

 

Je vous remercie.

 

Notre groupe s’abstiendra sur cette délibération."

 

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